Responsabilité juridique des agences d’intérim face aux accidents du travail : cadre, enjeux et solutions

Le travail temporaire représente une part significative du marché de l’emploi en France, avec plus de 800 000 travailleurs intérimaires en équivalent temps plein. Cette forme d’emploi triangulaire place l’agence d’intérim dans une position particulière quant à la gestion des risques professionnels. Lorsqu’un accident du travail survient, la question de la responsabilité se pose immédiatement. Qui, de l’entreprise utilisatrice ou de l’agence d’intérim, doit répondre des préjudices subis par le travailleur ? Le cadre juridique français, renforcé par une jurisprudence abondante, établit un régime de responsabilité spécifique pour ces situations. Ce régime tient compte de la relation triangulaire caractéristique du travail temporaire et vise à garantir une protection optimale du salarié intérimaire, souvent exposé à des risques accrus.

Le cadre juridique de la responsabilité des agences d’intérim

La relation de travail temporaire présente une particularité fondamentale : elle met en jeu trois acteurs distincts liés par deux contrats différents. D’une part, le contrat de mission lie l’agence d’intérim au travailleur temporaire. D’autre part, le contrat de mise à disposition est conclu entre l’agence et l’entreprise utilisatrice. Cette configuration juridique complexe détermine la répartition des responsabilités en cas d’accident du travail.

Le Code du travail français, notamment dans ses articles L.1251-1 et suivants, encadre précisément cette relation triangulaire. L’article L.1251-21 stipule que pendant la durée de la mission, l’entreprise utilisatrice est responsable des conditions d’exécution du travail. Ces conditions comprennent tout ce qui a trait à la santé et à la sécurité au travail. Toutefois, cette disposition ne décharge pas l’agence d’intérim de ses propres obligations.

En tant qu’employeur légal du travailleur temporaire, l’agence d’intérim conserve une responsabilité substantielle. Elle demeure notamment responsable de la rémunération, de la formation professionnelle et de l’affiliation à la sécurité sociale du travailleur. Plus spécifiquement, en matière d’accidents du travail, l’agence d’intérim est tenue de verser les indemnités journalières complémentaires et de procéder à la déclaration de l’accident auprès de la Caisse Primaire d’Assurance Maladie (CPAM).

La jurisprudence a progressivement affiné cette répartition des responsabilités. Dans un arrêt du 28 février 2002, la Cour de cassation a confirmé que l’entreprise utilisatrice assume la responsabilité des conditions d’exécution du travail, mais que l’agence d’intérim reste tenue d’une obligation de sécurité de résultat envers ses salariés. Cette obligation implique que l’agence doit s’assurer que l’entreprise utilisatrice respecte les règles de sécurité applicables.

Le régime de tarification AT/MP (Accidents du Travail/Maladies Professionnelles) applicable aux entreprises de travail temporaire constitue une autre spécificité. Les taux de cotisation sont déterminés selon les risques propres à chaque secteur d’activité dans lequel les intérimaires sont détachés. Ce mécanisme incite financièrement les agences à privilégier les entreprises utilisatrices présentant de bons résultats en matière de prévention des risques professionnels.

Les obligations préventives de l’agence d’intérim

Avant même le détachement du travailleur, l’agence d’intérim est soumise à plusieurs obligations préventives :

  • Vérifier l’aptitude médicale du salarié au poste proposé
  • S’assurer que le salarié dispose des qualifications requises
  • Informer le salarié des caractéristiques du poste et des risques associés
  • Fournir les équipements de protection individuelle nécessaires (dans certains cas)

Le non-respect de ces obligations préventives peut engager la responsabilité de l’agence d’intérim en cas d’accident, même si celui-ci survient dans les locaux de l’entreprise utilisatrice. La Cour de cassation a ainsi jugé, dans un arrêt du 30 novembre 2010, qu’une agence d’intérim ayant manqué à son obligation de formation à la sécurité était partiellement responsable de l’accident survenu à son salarié.

La répartition des responsabilités entre agence d’intérim et entreprise utilisatrice

La relation triangulaire caractéristique du travail temporaire implique un partage des responsabilités entre l’agence d’intérim et l’entreprise utilisatrice. Ce partage, défini par le Code du travail et précisé par la jurisprudence, vise à protéger le travailleur intérimaire tout en tenant compte des rôles respectifs des deux entités.

L’entreprise utilisatrice assume la responsabilité des conditions d’exécution du travail pendant la durée de la mission. Cette responsabilité couvre notamment tout ce qui a trait à l’hygiène et à la sécurité sur le lieu de travail. L’article L.4111-5 du Code du travail précise que les dispositions relatives à la santé et à la sécurité au travail sont applicables aux travailleurs temporaires, l’entreprise utilisatrice étant considérée comme l’employeur pour l’application de ces dispositions.

Concrètement, l’entreprise utilisatrice doit :

  • Assurer l’accueil et l’information du travailleur temporaire sur les risques spécifiques au poste
  • Fournir les équipements de protection collective nécessaires
  • Garantir des conditions de travail conformes aux règles de sécurité
  • Délivrer une formation renforcée à la sécurité pour les postes à risques particuliers

De son côté, l’agence d’intérim, en tant qu’employeur légal du travailleur temporaire, conserve des responsabilités significatives. Elle doit notamment s’assurer que l’entreprise utilisatrice respecte ses obligations en matière de santé et de sécurité. Cette obligation de vigilance a été consacrée par la jurisprudence, notamment dans un arrêt de la Chambre sociale de la Cour de cassation du 21 janvier 2015.

En cas d’accident du travail, la responsabilité civile peut être partagée entre l’agence d’intérim et l’entreprise utilisatrice, en fonction des manquements respectifs constatés. Un arrêt de la Cour de cassation du 7 décembre 2011 a ainsi retenu la responsabilité conjointe d’une agence d’intérim et d’une entreprise utilisatrice dans un accident mortel survenu à un travailleur temporaire, l’agence ayant manqué à son obligation de formation et l’entreprise n’ayant pas respecté les règles de sécurité.

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Sur le plan pénal, la responsabilité peut également être partagée. L’article L.4741-1 du Code du travail prévoit des sanctions pénales en cas de violation des règles de santé et de sécurité au travail. Ces sanctions peuvent s’appliquer tant à l’entreprise utilisatrice qu’à l’agence d’intérim si leurs manquements respectifs ont contribué à la survenance de l’accident.

Un aspect souvent méconnu concerne les postes à risques particuliers. Pour ces postes, listés à l’article D.4154-1 du Code du travail ou identifiés comme tels par l’entreprise utilisatrice, des obligations renforcées s’imposent aux deux parties. L’entreprise utilisatrice doit assurer une formation renforcée à la sécurité, tandis que l’agence d’intérim doit vérifier que cette formation a bien été dispensée avant d’affecter le travailleur au poste concerné.

Cette répartition des responsabilités peut être aménagée contractuellement, mais dans certaines limites. Si les clauses exonératoires de responsabilité sont en principe valables entre l’agence et l’entreprise utilisatrice, elles ne sont pas opposables au salarié victime ou à la Caisse Primaire d’Assurance Maladie. La Cour de cassation a régulièrement rappelé ce principe, notamment dans un arrêt du 12 octobre 2016.

Les procédures à suivre par l’agence d’intérim en cas d’accident

Lorsqu’un accident du travail survient, l’agence d’intérim doit suivre une série de procédures précises, définies par la législation et la réglementation françaises. Ces démarches, qui doivent être effectuées dans des délais stricts, conditionnent la prise en charge de l’accident et la protection des droits du salarié intérimaire.

La déclaration d’accident du travail constitue la première étape obligatoire. Conformément à l’article L.441-2 du Code de la sécurité sociale, l’agence d’intérim, en tant qu’employeur légal du travailleur temporaire, doit déclarer l’accident à la Caisse Primaire d’Assurance Maladie dans un délai de 48 heures. Cette déclaration doit être effectuée même si l’accident s’est produit dans les locaux de l’entreprise utilisatrice.

Le formulaire de déclaration (CERFA n°14463*03) doit comporter plusieurs informations :

  • Les coordonnées de l’agence d’intérim et du salarié
  • La date, l’heure et le lieu de l’accident
  • Les circonstances détaillées de l’accident
  • La nature des lésions
  • Les témoins éventuels
  • Les coordonnées de l’entreprise utilisatrice

Parallèlement à cette déclaration, l’agence d’intérim doit remettre au salarié une feuille d’accident du travail (formulaire S6201). Ce document permet au salarié de bénéficier de la gratuité des soins liés à son accident, dans la limite des tarifs conventionnels. L’agence doit également informer le médecin du travail de l’accident.

Une obligation souvent négligée concerne l’enquête interne. Bien que non explicitement prévue par les textes, cette enquête est fortement recommandée pour comprendre les causes de l’accident et prévenir sa répétition. Elle peut également s’avérer utile en cas de contestation ultérieure du caractère professionnel de l’accident. Cette enquête devrait idéalement être menée conjointement avec l’entreprise utilisatrice.

En cas d’accident grave ou mortel, des obligations supplémentaires s’imposent. L’agence d’intérim doit informer sans délai l’inspection du travail et la CARSAT (Caisse d’Assurance Retraite et de la Santé au Travail). Cette information est prévue par l’article R.4121-3 du Code du travail et son non-respect peut entraîner des sanctions pénales.

Concernant la prise en charge financière, l’agence d’intérim doit maintenir le salaire du travailleur temporaire pendant son arrêt de travail. Selon l’article L.1226-4 du Code du travail, l’agence doit verser une indemnité complémentaire aux indemnités journalières de la sécurité sociale, sous certaines conditions d’ancienneté. Ces indemnités sont calculées selon les dispositions de la convention collective du travail temporaire.

L’agence d’intérim doit également procéder à une analyse des risques suite à l’accident, en collaboration avec l’entreprise utilisatrice. Cette analyse doit conduire à une mise à jour du document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) et à la mise en place de mesures préventives pour éviter qu’un accident similaire ne se reproduise.

Un aspect souvent sous-estimé concerne la communication avec le salarié pendant son arrêt de travail. Maintenir un contact régulier avec le salarié accidenté permet de préparer son retour à l’emploi dans de bonnes conditions. Cette démarche s’inscrit dans une logique de prévention de la désinsertion professionnelle, encouragée par la législation récente.

La contestation du caractère professionnel de l’accident

L’agence d’intérim dispose de la possibilité de contester le caractère professionnel d’un accident déclaré. Cette contestation doit être formulée auprès de la CPAM dans un délai de 10 jours suivant la réception du double de la déclaration d’accident. La contestation doit être motivée et étayée par des éléments factuels. Toutefois, la jurisprudence rappelle que la présomption d’imputabilité joue en faveur du salarié, et que la charge de la preuve du caractère non professionnel incombe à l’employeur.

Les conséquences financières et juridiques pour l’agence d’intérim

Les accidents du travail impliquant des travailleurs intérimaires engendrent des répercussions financières et juridiques significatives pour les agences d’intérim. Ces conséquences, qui découlent directement du statut d’employeur légal de l’agence, peuvent affecter durablement sa viabilité économique et sa réputation.

L’impact sur les cotisations AT/MP (Accidents du Travail/Maladies Professionnelles) constitue la première conséquence financière notable. Les entreprises de travail temporaire sont soumises à un régime spécifique de tarification des risques professionnels. Selon l’article D.242-6-11 du Code de la sécurité sociale, le taux de cotisation AT/MP applicable aux agences d’intérim est calculé en fonction des risques propres aux différents secteurs d’activité dans lesquels elles détachent des salariés.

Concrètement, chaque accident du travail entraîne une augmentation potentielle du taux de cotisation dans le secteur concerné. Pour les agences détachant des travailleurs dans des secteurs à haut risque comme le BTP ou la métallurgie, cette augmentation peut s’avérer particulièrement onéreuse. Une étude de la CNAMTS (Caisse Nationale d’Assurance Maladie des Travailleurs Salariés) révèle que les taux de cotisation AT/MP pour les agences d’intérim peuvent atteindre jusqu’à 15% de la masse salariale dans certains secteurs à risques.

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Au-delà des cotisations sociales, l’agence d’intérim peut être exposée à des actions en responsabilité civile. En cas de manquement à ses obligations, notamment en matière de formation ou d’information sur les risques, l’agence peut être condamnée à indemniser le préjudice subi par le salarié victime d’un accident. Cette responsabilité peut être engagée même en l’absence de faute inexcusable, sur le fondement de l’obligation de sécurité de résultat.

La faute inexcusable représente un risque juridique et financier majeur pour l’agence d’intérim. Définie par la Cour de cassation comme la conscience du danger que devait avoir l’employeur et l’absence de mesures nécessaires pour en préserver le salarié, la faute inexcusable entraîne une majoration de la rente versée à la victime et l’indemnisation de préjudices habituellement non couverts par la sécurité sociale (préjudice moral, d’agrément, etc.).

Dans un arrêt marquant du 7 avril 2016, la Cour de cassation a reconnu la faute inexcusable d’une agence d’intérim qui avait détaché un salarié sans formation adéquate sur un poste dangereux. La condamnation s’est élevée à plus de 150 000 euros, illustrant l’ampleur des risques financiers encourus.

Sur le plan pénal, les conséquences peuvent être tout aussi sévères. En cas d’accident grave ou mortel résultant d’un manquement aux règles de sécurité, les dirigeants de l’agence d’intérim peuvent être poursuivis pour blessures ou homicide involontaires. Les peines encourues peuvent aller jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende, voire cinq ans et 75 000 euros en cas de violation manifestement délibérée d’une obligation de sécurité.

L’impact sur l’image de marque de l’agence ne doit pas être sous-estimé. Dans un secteur hautement concurrentiel, une réputation de négligence en matière de sécurité peut conduire les entreprises utilisatrices à privilégier des concurrents perçus comme plus rigoureux. De même, les travailleurs qualifiés peuvent hésiter à s’inscrire dans une agence dont les pratiques en matière de sécurité sont questionnables.

Face à ces risques, la souscription d’assurances spécifiques devient indispensable. Au-delà de l’assurance responsabilité civile professionnelle obligatoire, les agences d’intérim peuvent contracter des garanties complémentaires couvrant spécifiquement les risques liés aux accidents du travail. Ces assurances, bien que coûteuses, permettent de limiter l’impact financier d’éventuelles condamnations.

Le recours contre l’entreprise utilisatrice

Pour atténuer les conséquences financières d’un accident, l’agence d’intérim dispose d’un droit de recours contre l’entreprise utilisatrice. L’article L.412-6 du Code de la sécurité sociale prévoit que l’entreprise de travail temporaire peut exercer une action à l’encontre de l’utilisateur responsable de l’accident pour obtenir le remboursement des cotisations supplémentaires et des indemnités versées au salarié. Ce recours, dont l’efficacité dépend largement des stipulations contractuelles liant les deux entreprises, représente un enjeu financier considérable pour les agences d’intérim.

Stratégies préventives pour renforcer la sécurité des travailleurs intérimaires

Face aux risques juridiques et financiers associés aux accidents du travail, les agences d’intérim ont tout intérêt à développer des stratégies préventives robustes. Ces approches, qui dépassent le simple respect des obligations légales, constituent un investissement rentable à long terme et contribuent à la protection effective des travailleurs temporaires.

La mise en place d’un système de management de la santé-sécurité adapté au travail temporaire représente une première étape fondamentale. Ce système peut s’inspirer des normes ISO 45001 ou MASE (Manuel d’Amélioration Sécurité des Entreprises), en les adaptant aux spécificités du travail intérimaire. Il doit inclure une politique de prévention clairement définie, des objectifs mesurables, et des procédures détaillées pour l’évaluation et la maîtrise des risques.

L’évaluation approfondie des entreprises utilisatrices constitue un axe préventif majeur. Avant de détacher des travailleurs, l’agence d’intérim devrait procéder à une analyse rigoureuse des conditions de sécurité au sein de l’entreprise cliente. Cette évaluation peut prendre la forme d’un audit sécurité, réalisé en collaboration avec l’entreprise utilisatrice, permettant d’identifier les risques potentiels et de vérifier la conformité aux exigences réglementaires.

Des agences d’intérim pionnières ont développé des grilles d’évaluation spécifiques, intégrant des critères tels que :

  • L’existence et la qualité du document unique d’évaluation des risques
  • Les statistiques d’accidents du travail des trois dernières années
  • La présence d’un système de management de la sécurité
  • L’organisation de l’accueil sécurité des nouveaux arrivants
  • La disponibilité et l’état des équipements de protection

Le renforcement de la formation des travailleurs temporaires représente un autre levier préventif essentiel. Au-delà des formations obligatoires, l’agence d’intérim peut développer des modules spécifiques adaptés aux risques particuliers des secteurs dans lesquels elle détache des salariés. Ces formations devraient idéalement être dispensées avant la première mission et régulièrement actualisées.

Certaines agences ont mis en place des centres de formation internes dédiés aux métiers à risques, comme la conduite d’engins, le travail en hauteur ou les interventions en milieu confiné. Cette approche permet une meilleure adéquation entre la formation dispensée et les réalités du terrain, tout en renforçant l’expertise de l’agence dans des secteurs spécifiques.

L’amélioration de la communication avec les entreprises utilisatrices joue également un rôle déterminant dans la prévention des accidents. Cette communication devrait s’articuler autour d’échanges réguliers sur les conditions de travail des intérimaires, les incidents survenus et les mesures correctives envisagées. Des réunions périodiques de suivi de la sécurité peuvent être organisées, particulièrement pour les missions longues ou impliquant plusieurs travailleurs temporaires.

Le contrat de mise à disposition peut être enrichi de clauses spécifiques relatives à la sécurité, précisant les responsabilités respectives de l’agence et de l’entreprise utilisatrice. Ces clauses peuvent notamment porter sur :

  • L’organisation de l’accueil sécurité des intérimaires
  • La fourniture et l’entretien des équipements de protection individuelle
  • Les modalités de signalement des situations dangereuses
  • Les procédures à suivre en cas d’accident
  • Les conditions de recours contre l’entreprise utilisatrice

La mise en place d’un système de veille et d’alerte permet d’identifier précocement les situations à risque. Ce système peut s’appuyer sur les retours des travailleurs temporaires, qui sont souvent les premiers à détecter des anomalies dans leurs conditions de travail. Des canaux de remontée d’information sécurisés devraient être mis à leur disposition, garantissant la confidentialité des signalements et l’absence de mesures de rétorsion.

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L’analyse systématique des accidents et incidents, même mineurs, constitue une source précieuse d’enseignements. Chaque événement devrait faire l’objet d’une investigation approfondie, menée conjointement avec l’entreprise utilisatrice, visant à identifier les causes profondes et à définir des actions correctives. Cette analyse peut s’appuyer sur des méthodes éprouvées comme l’arbre des causes ou la méthode des 5 pourquoi.

Enfin, la digitalisation des processus de prévention représente une tendance prometteuse. Des applications mobiles permettent désormais aux travailleurs temporaires de signaler en temps réel des situations dangereuses, de consulter des fiches de poste ou des consignes de sécurité, ou encore de valider leurs connaissances via des quiz interactifs. Ces outils contribuent à renforcer la culture sécurité et à maintenir la vigilance des travailleurs tout au long de leur mission.

Le rôle des partenariats institutionnels

Le développement de partenariats institutionnels avec des organismes spécialisés dans la prévention des risques professionnels constitue un atout majeur. Des collaborations avec l’INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité), les CARSAT ou l’OPPBTP (Organisme Professionnel de Prévention du Bâtiment et des Travaux Publics) permettent d’accéder à des ressources documentaires, des formations et des conseils personnalisés adaptés aux spécificités du travail temporaire. Ces partenariats témoignent de l’engagement de l’agence en faveur de la sécurité et renforcent sa crédibilité auprès des entreprises utilisatrices et des travailleurs.

Vers une approche collaborative de la sécurité des travailleurs temporaires

L’évolution du cadre juridique et des pratiques professionnelles dessine progressivement un nouveau paradigme dans la gestion de la sécurité des travailleurs intérimaires. Cette approche, fondée sur la collaboration entre tous les acteurs concernés, permet de dépasser la simple répartition des responsabilités pour construire une véritable culture de prévention partagée.

La coopération renforcée entre agences d’intérim et entreprises utilisatrices constitue la pierre angulaire de cette approche collaborative. Au-delà des obligations légales, cette coopération peut prendre la forme d’initiatives conjointes visant à améliorer continuellement les conditions de sécurité des travailleurs temporaires. Des groupes de travail mixtes, réunissant représentants de l’agence et de l’entreprise utilisatrice, peuvent être constitués pour élaborer des procédures communes, partager les bonnes pratiques et résoudre les problématiques identifiées.

Le Prism’emploi (syndicat professionnel des entreprises de travail temporaire) a développé une charte de bonnes pratiques qui formalise cette approche collaborative. Cette charte, qui peut servir de base à des accords spécifiques entre agences et entreprises utilisatrices, définit des engagements réciproques en matière de prévention des risques professionnels.

L’implication active des travailleurs temporaires dans la démarche préventive représente un autre aspect fondamental de l’approche collaborative. Trop souvent considérés comme de simples exécutants, les intérimaires possèdent pourtant une connaissance précieuse des réalités du terrain et des risques associés. Leur participation aux actions de prévention peut prendre diverses formes :

  • Consultation lors de l’élaboration des fiches de poste
  • Participation aux visites de sécurité sur site
  • Contribution aux retours d’expérience après incident
  • Implication dans la conception et l’amélioration des équipements de protection

Des programmes de mentorat peuvent être mis en place, associant travailleurs expérimentés et nouveaux intérimaires. Ces programmes permettent une transmission efficace des savoirs et des comportements sécuritaires, tout en facilitant l’intégration des nouveaux arrivants. Plusieurs études ont démontré l’efficacité de ce type de dispositifs dans la réduction des accidents du travail impliquant des personnels novices.

La digitalisation offre de nouvelles perspectives pour renforcer cette collaboration. Des plateformes numériques partagées entre agences d’intérim, entreprises utilisatrices et travailleurs temporaires permettent désormais un suivi en temps réel des indicateurs de sécurité, une gestion optimisée des formations et habilitations, et un partage instantané des informations pertinentes. Ces outils favorisent la transparence et la réactivité face aux situations à risque.

L’harmonisation des pratiques à l’échelle sectorielle constitue un objectif ambitieux mais nécessaire. Des initiatives collectives, portées par les organisations professionnelles du travail temporaire et des secteurs utilisateurs, visent à définir des standards communs en matière de sécurité des travailleurs intérimaires. Ces standards, qui peuvent dépasser les exigences réglementaires minimales, contribuent à élever le niveau global de protection des travailleurs temporaires.

La formation conjointe des personnels permanents des agences d’intérim et des entreprises utilisatrices représente un levier sous-exploité. Des sessions de formation communes, portant sur la prévention des risques spécifiques aux travailleurs temporaires, favorisent le développement d’une vision partagée et d’un langage commun en matière de sécurité. Ces formations peuvent être organisées avec le soutien d’organismes spécialisés comme l’INRS ou les CARSAT.

La mise en place de systèmes d’incitation positive peut renforcer l’engagement de tous les acteurs. Des mécanismes de reconnaissance et de valorisation des bonnes pratiques, tant au niveau individuel que collectif, encouragent l’adoption de comportements vertueux. Ces incitations peuvent prendre diverses formes : bonus financiers, certifications, labels, trophées, ou encore mentions dans la communication interne et externe.

L’évolution vers une approche préventive personnalisée constitue une tendance prometteuse. Cette approche, qui tient compte des caractéristiques individuelles des travailleurs (expérience, formation, état de santé, etc.) et des spécificités des postes occupés, permet une adaptation fine des mesures de prévention. Des outils d’évaluation individualisée des risques, intégrant ces différents paramètres, sont progressivement déployés par les agences d’intérim les plus avancées.

Vers une certification sécurité spécifique au travail temporaire

Le développement d’une certification sécurité spécifique au travail temporaire pourrait constituer une avancée significative. Cette certification, qui pourrait s’inspirer des référentiels existants comme MASE ou ISO 45001 tout en intégrant les particularités du travail intérimaire, offrirait un cadre structuré pour l’amélioration continue des pratiques. Elle permettrait également aux entreprises utilisatrices d’identifier facilement les agences engagées dans une démarche sécurité rigoureuse, créant ainsi un avantage concurrentiel pour ces dernières.

L’approche collaborative de la sécurité des travailleurs temporaires ne se limite pas à un partage équilibré des responsabilités juridiques. Elle implique une vision commune du travail intérimaire comme une forme d’emploi à part entière, méritant le même niveau de protection que l’emploi permanent. Cette vision, portée conjointement par tous les acteurs concernés, constitue le fondement d’une prévention efficace et durable des risques professionnels dans le secteur du travail temporaire.